Pierre et Luna : Le tour de l’Europe



Qui sont-ils ?
Pierre, 27 ans et Lunastra (Luna pour les intimes), 2 ans ½.

Le projet
Ils se sont lancés le pari fou de faire le tour de l’Europe à vélo en 6 mois. Et ce, en guise « d’entrainement » et de « rodage » du matériel avant de partir faire le tour du monde tous les deux, en 2020.

Pays visités
France, Belgique, Pays-bas, Allemagne, Danemark, Suède, Finlande, Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Slovaquie, République Tchèque, Autriche et Hongrie.

Sickingmühle, Nordrhein-Westfalen, Germany

L’aventure en détail
D’un naturel réservé et discret, Pierre n’a jamais créé de blog, de page Facebook, ou tout autre support de communication pour raconter son aventure. J’ai fait ce voyage pour ma chienne et moi, je n’ai pas besoin de le médiatiser, m’a-t-il dit d’entrée.

Il a tout de même accepté de faire cet article avec moi, dans le but de montrer aux autres propriétaires de chiens que c’est possible et que ce n’est pas aussi compliqué que l’on se l’imagine. Voyager avec son chien lui tient tout autant à cœur que moi. Sa Luna, c’est tout pour lui.

Un chien t’offre un amour inconditionnel qu’aucun être humain ne pourra jamais t’apporter. Sa devise : Jamais sans ma chienne !

Lorsque Pierre parle de son voyage à travers l’Europe avec Luna, son visage tout entier s’illumine, sa voix se serre et son esprit vagabonde.

Partis de Grenoble, ils ont visité pas moins de 16 pays en 4 mois seulement. Ce qui les a motivés ? Un amour fusionnel, un besoin vital de grands espaces, de vivre au jour le jour et surtout, de vivre l’aventure tous les deux.

Salaspils pagasts

Pourquoi en vélo plutôt qu’en Van ? Parce que, pour Pierre, il était important d’être en phase avec sa chienne. Le problème d’un véhicule motorisé, c’est que l’humain conduit pendant que le chien dort. Du coup, le premier arrive fatigué à destination, alors que le second a besoin de se défouler. Il y a donc un décalage. En plus, le Van coupe du monde, alors que le vélo permet de vraiment apprécier les paysages traversés.

Et pour que sa chienne profite au maximum de l’aventure, Pierre n’a pas lésiné sur les moyens. Il a choisi de vendre sa voiture pour acheter un trike (vélo couché à trois roues), parce qu’il était important pour lui d’être à la même hauteur que Luna, ainsi qu’une remorque. « Puisque Luna allait déjà courir entre 20 et 30 km par jour, il était évident pour moi qu’elle ne porterait rien » m’explique Pierre. Il a également aménagé une couchette pour sa chienne, juste derrière lui, de manière à ce qu’ils puissent être en contact permanent. Ce qui leur a permis de couvrir de plus grandes distances certains jours, et de permettre à Luna de se reposer (ils ont parcouru entre 100 et 150 km par jour) ou de la mettre en sécurité lorsqu’un trajet sur une route très fréquentée était nécessaire.

Pour dormir, ils ont opté pour le bivouac en pleine nature à chaque fois que cela était possible. « Luna s’est très bien adaptée à ce mode de vie, à part peut-être la fois où nous avons essuyé un orage au cœur de la tempête. Les éclaires étaient visibles à travers la tente et les coups de tonner grondaient simultanément. Depuis, à chaque orage, chaque pétard ou chaque claquement de pot d’échappement, Luna tremble et panique. A tel point qu’une nuit, j’ai dû reprendre la route à 2h00 du matin et rouler jusqu’au petit jour car elle stressait vraiment trop« , raconte Pierre.

Leur meilleur souvenir
Lorsque je lui ai posé la question, il a été impossible pour Pierre de n’en choisir qu’un, tant les moments passés avec Luna étaient intenses. Voyager avec un chien permet de faire des rencontres aussi improbables que magiques.

« Un jour en Suède, une dame croisée sur la route a fait demi-tour et est venue m’apporter des croquettes pour Luna et des chips pour moi, juste parce qu’elle trouvait que ce que je faisais était génial. Les gens sont vraiment aux petits soins pour ma chienne. »

« Il y a aussi cette nuit où j’avais trouvé une chambre en couchsurfing (réseau d’hébergement gratuit entre globetrotteurs). J’ai campé dans le jardin du mec avec Luna, car elle n’était pas acceptée à l’intérieur. Ca a été un moment très fort pour nous deux. » 

Si ce n’est un souvenir en particulier, il y a une sensation, un « instant » que Pierre n’oubliera jamais. Ce sont ces moments où Luna, couchée sur son petit siège à l’arrière du vélo, vient blottir sa tête dans le creux de l’épaule de son maître, comme pour lui dire « Je t’aime, merci d’être là et de faire tout cela pour nous« .

Estonie

Les difficultés rencontrées
Faire le trajet en vélo permet d’emporter un certain volume de matériel, grâce à la remorque. Par contre, ce dispositif pose un réel problème pour les visites. En effet, l’équipement coûte relativement cher et n’est pas sécurisable (contrairement à un Van). Les sacoches accrochées au vélo peuvent être volées facilement, tout comme le vélo lui-même. Quant à Luna, c’était une grande source d’inquiétude pour moi. Du coup, j’attachais son collier avec un cadenas, directement au vélo, et je faisais en sorte de me parquer devant la vitrine, juste en face des caisses, lorsque je faisais les courses.

En outre, le chargement est souvent trop volumineux pour entrer dans un car ou dans un train. Pédaler est la seule solution pour avancer, contrairement à ceux qui choisissent de marcher par exemple, où le stop est toujours envisageable.

Mais la difficulté la plus importante qu’ils ont rencontrée reste la blessure de Luna. Une blessure à une patte, qui tarde à guérir. Une deuxième patte blessée, une infection qui empire. Malgré plusieurs visites chez les vétérinaires locaux, la chienne ne mange plus, perd du poids (passant de 23 kg à seulement 17), devient faible. Pierre prend alors la décision qui s’impose. Il faut rentrer en France, et vite, car Luna souffre. Il réussit à trouver en un temps record un billet de train entre Varsovie et Cracovie, puis après une dernière visite de contrôle chez le vétérinaire local, il décide de louer une voiture pour rentrer depuis la Hongrie. Pour faire entrer son vélo dans le coffre, Pierre a été obligé de le démonter, pièce par pièce.

vélo train

Il nous restait quelques pays à visiter mais Luna allait de plus en plus mal. Il était impensable pour moi de lui faire courir le moindre risque. Et puis, dès qu’elle irait mieux, nous pourrions toujours y retourner.

Dans la malchance de sa chienne, Pierre a pu compter sur la générosité des habitants polonais. A 350 km de Varsovie, l’état de santé de Luna nécessite une consultation en urgence. Problème : à vélo, cela prendrait un temps fou. Il essaie alors de demander de l’aide aux habitants, mais en tant que pays ex-membre de l’URSS, ils sont méfiants des étrangers qui parlent anglais. Jusqu’à ce car scolaire, dont le chauffeur était prêt à les transporter si le vélo avait pu rentrer dans la soute. Touché par l’inquiétude de Pierre, ce dernier appelle alors un ami possédant un petit camion. L’homme arrive en moins de 30 minutes et charge toutes les affaires à l’arrière de sa fourgonnette. Sur la route, Pierre propose à son bienfaiteur de l’emmener manger pour le remercier. L’homme accepte et s’arrête dans un restaurant gastronomique 3 étoiles. Entrée, plat, dessert… les menus n’affichent pas les prix, Pierre commence à transpirer, mais tant pis, Luna avait besoin de ce transport inespéré. Au moment de régler l’addition, Pierre a découvert alors que cet homme sorti de nulle part, qui a accepté de l’emmener à Varsovie, lui, son chien et son vélo-remorque, et qui a roulé 700 km dans la même journée juste pour lui rendre service, l’a, en plus, invité à manger.

Chauffeur pologne

Les vaccins de Luna
Pour simplifier les démarches à entreprendre vis-à-vis de sa chienne, Pierre a choisi de ne traverser que des pays de l’union européenne. Les vaccins antirabique et contre la toux du chenil, ainsi qu’un passeport pour animal de compagnie étaient suffisants. Luna est également porteuse d’une puce électronique et d’une médaille sur laquelle figurent le téléphone et l’e-mail de Pierre, ainsi que la mention sterilised, pour éviter le vol et le trafic d’animaux.

Stockholm

Son conseil
Avec le recul, Pierre confit que s’il devait refaire ce voyage, il prendrait le temps de planifier un minimum son itinéraire à l’avance. En effet, il était parti avec une idée en tête, sans avoir décidé dans quelle ville il dormirait chaque soir, afin de goûter à la liberté totale. Mais sur la route, cela lui a valu quelques déconvenues.

Comme cette fois, en Suède, où ils se sont retrouvés en plein milieu d’une zone militaire, entourés de mines terrestres. Il en rigole aujourd’hui, mais sur le moment, il marchait littéralement sur des œufs.

Strängnäs

Ou bien à Auschwitz, où Pierre a dû négocier avec trois chauffeurs de bus-navette avant de rejoindre l’entrée du camp transformé en musée, car aucun n’acceptait le chien à bord. Et, après une heure de route, il a découvert que les chiens sont interdits sur le site…!

Je lui ai montré une première version de cet article pour avoir son avis, et là, sa réaction a été sans appel : Caro, il faut dire aux gens de NE PAS PRENDRE DE REMORQUE ! Même si le gain d’espace est intéressant (pas besoin de tout plier et ranger au millimètre chaque matin), le poids qu’elle représente et son aspect ultra-volumineux en font un élément à bannir, définitivement.

En outre, pour protéger la chienne de la chaleur lorsqu’elle était sur le vélo, il l’a parfois enveloppée dans une couverture de survie (face anti-UV apparente). Il étudie actuellement une solution pour intégrer cette protection à la caisse de voyage.

couevrture survie chaleur

Et enfin, pour préparer et protéger les pattes de Luna, Pierre lui appliquait chaque semaine de la pommade Solipat. Pour le prochain voyage, il emportera la version en spray, beaucoup plus pratique à utiliser.

Et maintenant ?
Luna est parfaitement rétablie de ses blessures et a repris du poil de la bête. Du coup, ils reprendront la route dans moins d’un mois, direction le Royaume-Uni, pour un tour de l’Angleterre, de l’Ecosse, et de l’Irlande, toujours à vélo, mais sans remorque. Et si tout se passe bien, ils finiront ensuite leur tour d’Europe, en le reprenant là où ils ont dû le suspendre.

Le mot de la fin
Si tu as des questions ou que leurs aventures t’intéressent, tu peux joindre Pierre et Luna sur le compte Facebook perso de Pierre, voici le lien !

Tu peux aussi lui envoyer un petit message pour l’encourager et le féliciter, ça lui montrera notre intérêt à tous pour le voir ouvrir un blog ou une page Facebook de leur périple.

Thorembais-Saint-Trond, Brabant, Belgium



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